Comme beaucoup d’utilisateurs libres de dernière heure, j’ai commencé mon aventure GNU/Linux avec Ubuntu, avant de cotoyer Debian. Seulement, depuis le début, je me pose des questions sur l’attitude des développeurs d’Ubuntu sur la question relative à l’usage exclusif des logiciels libres mais aussi (cela vaut aussi pour Debian) la question relative aux brevets logiciels.
Que du libre
Que ce soit Debian ou Ubuntu, ils ont chacun pris librement l’engagement à fournir des logiciels libres à leurs utilisateurs(*). Seulement, il semble qu’ils n’arrivent pas à se passer de certains logiciels propriétaires, entre autres des pilotes de matériel.
Il faut se poser la question de savoir ce qui nous relie en tant que communauté. Est-ce la passion seule de l’informatique ou la liberté des logiciels ? Cette question je la trouve importante, parce que si la passion seule de l’informatique est notre préoccupation, nous nous serions contenté d’utiliser, voire, pirater des logiciels non libres. Puisque qu’il est difficile de choisir l’usage exclusif les logiciels libres dès lors qu’on a pas déjà une certaine passion pour l’informatique et que nous ayons tous fait ce choix, le lien qui nous soude reste le désir d’avoir des logiciels dont l’usage ne serait pas restreint pas une personne, fût-elle physique ou morale. Dans ce cas, lorsque des personnes se portent garant pour offrir un tel environnement, dans lequel il n’y a que du libre, elles devraient ne fournir que des logiciels libres.
Si ces distributions étaient vendues où étaient détenues par des sociétés commerciales comme Mandriva, j’aurai compris l’intégration des logiciels non libres dans la distribution, même si cela ne serait pas une excuse. Mais, il me semble plutôt que Debian et Ubuntu sont des distributions gratuites, essentiellement financées par des dons. Dans ce cas, d’où vient cet acharnement à les voir fonctionner à tout prix ? Surtout celui de l’intégration des logiciels non libres ?
S’il est normal que le travail abattu doit porter ses fruits, il me semble alors que Debian et Ubuntu passent à côté de l’objectif qui n’est pas que de fournir une distribution Gnu/Linux, mais surtout une distribution Gnu/Linux libre. Par ailleurs, l’intégration dans ces distributions du logiciel “vrms” semble être pour moi une auto-accusation de la part de ces derniers du non respect de leur engagement.
De la question des brevets
Combien de fois des logiciels libres, généralement de distributions, ont été sous une menace de plainte pour violation de brevet ? Si sans avoir utilisé directement des outils soumis à des brevets des tels menaces ont plané parce qu’un concept breveté aurait été utilisé, il est plus dangereux d’utiliser par exemple les implémentations dites libres de .Net que nous offrent Novell avec sa plate forme Mono(pole ?). Richard Stallman en a parlé(en), et de toutes les façons, il n’est pas nécessaire que ce soit forcément lui qui en parle pour que nous en comprenions le danger. Nous nous sommes tous engagés à produire et à n’utiliser que des logiciels libres de leurs éditeurs. Cependant, les brevets soudent encore les logiciels à leurs éditeurs, et peu importe la licence libre appliquée, vous perdez votre liberté en les utilisant. Leurs éditeurs prennent de l’avantage car même s’il n’est pas possible de poursuivre tous les utilisateurs d’un logiciel violant un brevet, au moins la menace de le faire constituera du FUD auquel on est pas toujours vacciné.
Le fait de mettre en garde contre de tels dangers, qui sont réels, ne devraient pas être pris pour de la paranoïa. Et même si c’est le cas, si la crainte est justifiée, il faut rester prudent. Une entreprise commerciale vit de ses bénéfices et essaie de tout mettre en sa faveur pour en avoir davantage. Dans un atmosphère ou le logiciel libre est une réelle menace pour les éditeurs de logiciels non libres, il vaut mieux prendre ceux-ci comme des ennemis potentiels.
Même s’il était prouvé que Microsoft n’attaquera jamais personne pour l’usage de brevets liés à .Net, le fait qu’il disposera toujours de ce droit constitue un danger permanent. Et il vaut mieux rester dans l’abri. Sinon, le contraire signifirait seulement prendre un risque.
Sur cette question, Ubuntu et Debian font encore un mauvais pas, en intégrant des logiciels “Mono-dépendant” dans leur distribution.
Si la récente promesse de Microsoft, qui déclare ne pas poursuivre ceux qui “‘conçoivent, utilisent, vendent, importent ou distribuent toute implémentation’ basée sur les technologies couvertes par cette licence très particulière.”(Voir le Monde informatique) concerne pour l’instant C# seulement, je pense qu’il n’y a pas grand sujet de joie, parce que ça ne nous fait pas beaucoup avancer sur la question de Mono qui n’est pas couvert par ladite licence. Quitte aux développeurs des logiciels litigieux (Tomboy, FSpot etc.) d’utiliser les implémentations libres de C#, comme en parle Richard Stallman dans l’article ci haut cité.
En outre, le danger des brevets s’est manifesté ouvertement dans le cas récent de l’implémentation des balises multimédias pour la spécifications de HTML5 (voir l’article de Tristan Nitot sur la question) devant être prochainement publiées. Et ceci constitue un danger réel pour Internet dont la survie dépend des standards ouverts, surtout à l’heure où des technologies qui brillent sans être de l’or, comme Adobe Flash, verrouillent progressivement des plus en plus de tronçons de l’autoroute de l’Internet (voir à ce sujet les articles : Trop de Flash sur l’autoroute du Net (Framablog) et The web is hackable (en – Standblog)).
* Sur
la page d’accueil de Debian on peut lire ceci : “Debian est un système d’exploitation libre…”. En outre, on peut lire sur
la page d’accueil d’Ubuntu “Ubuntu CDs contain only free software applications; we encourage you to use free and open source software, improve it and pass it on”. Sauf si par “software applications” ils veulent exclure les pilotes qui sont des logiciels systèmes. Mais ce sera tout de même un mensonge par omission.
↑
Commentaires Récents