Ce matin je m’émerveillais devant le client BitTorrent Transmission que j’utilise pour la première fois depuis hier, pour télécharger DawnSmall-Linux.

C’est drôle que de voir l’état dans lequel le monde se trouve aujourd’hui lorsqu’en faisant un détour dans le monde numérique, on sent le très grand désir de l’homme de partager ce qu’il possède. Je suis là, devant mon ordinateur, et des inconnus, des parfaits inconnus mettent sans me demander quoi que ce soit, leurs ordinateurs, leur connexion à Internet qu’il paie peut être, pour que je télécharge un fichier. Ils ne me demandent rien, même pas mon nom. Et peut être qu’il ne sont même pas payé pour ça.
Je ne pense pas que cela soit un caractéristique propre au monde numérique. Il suffit de lire les textes de copyright qui accompagnent certaines oeuvres pour se rendre compte de la nature généreuse de l’homme. Pourquoi interdit-on le prêt des livres, des cds ou des dvds ? Parce que les gens ont naturellement tendances à partager leurs trouvailles avec les autres. La connaissance en particulier est tellement vitale qu’on ne devrait pas restreindre d’une façon ou d’une autre sa circulation. Quant aux oeuvres d’art, la société peut s’asseoir et réfléchir sur une meilleure façon de rémunérer les artistes, sinon, le modèle actuel de la commercialisation des oeuvres d’art, toujours basée sur la rareté, enfreint toujours le droit de chaque personne de disposer de ces biens. C’est une violation de la liberté d’un individu que de lui interdire de donner ce qui lui appartient et à qui il le désir.
Je pense à mon avis, que des produits comme des livres et de la musique ne devraient pas être vendus comme ils le sont. Parce que non seulement que cela encourage la rareté, mais dans le cas des livres par exemples, la connaissance circule difficilement. Ce sont des produits qui peuvent être facilement multipliés sans entraîner pour cela des coûts importants. Et le prix auquel ils sont vendus entraîne des marges bénéficiaires qui ne se justifient que par le désir des commerçants de s’enrichir au détriment des consommateurs. Faut-il encore signaler que les auteurs ne sont pas ceux qui bénéficient le plus de leurs oeuvres ? Les éditeurs et les producteurs ne sont finalement que des commerçants. Ils ne regardent pas les oeuvres d’un même regard que l’auteur. Ils s’enrichissent tant sur le dos des auteurs que des consommateurs.
J’aurai plutôt vu les éditeurs comme des organismes sans buts lucratifs qui récoltent des dons pour publier des ouvrages à moindre coût, oui, 1$ par exemple, c’est accessible à tous. Et ce montant, je ne le choisi par pour rien. À l’imprimerie où je travaillais, c’est à ce pris que des éditeurs imprimaient des livres d’environ 96 pages avec une couverture en couleur, avec la marge bénéficiaire de l’imprimerie comprise. Les fonds ainsi récoltés peuvent aider à payer une fois pour toute l’auteur du livre, sur des montants définit à l’avance, selon entre autres critères la qualité des écrits.
Et les auteurs, je pense qu’ils devraient donner leurs oeuvres à la communauté, de manière que tout en gardant le droit d’auteur, ils ne peuvent plus limiter l’usage de leur livre. On ne devrait pas demander l’autorisation à un auteur pour reproduire tout ou une portion de son ouvrage. Mais dans tout les cas, l’honnêteté intellectuelle oblige toujours à citer ses sources. Le plagiat, restera plagiat. Mais la connaissance, elle, circulera, pour l’intérêt de tous. C’est ce qui se passe déjà avec des licences comme la GNU-FDL, même si pour l’instant elle n’est utilisée essentiellement que pour des documents informatiques.
Si nous essayons de transposer cette façon de voir les choses sur les autres domaines de la vie, il est possible de faire de cette planète un endroit vivable. Peut être suis-je un rêveur, un utopiste, je l’assume. Mais s’il n’y avait pas eu de rêveurs pour imaginer un monde où les logiciels ne peuvent être restreints d’utilisation, on n’en serait jamais là aujourd’hui, donc on peut en faire autant dans tous les autres domaines de la vie.
Je regardais une fois un documentaire sur la crise économique des années 30 pendant laquelle aux Etats-Unis des agriculteurs détruisaient plus de la moitié de leurs productions, pour que leur rareté en augmentent le prix. Cela peut paraître très astucieux pour quelqu’un qui ne pense qu’à lui, mais c’est d’une absurdité insupportable. C’est même mesquin et cruel. À cette époque les gens mouraient de la faim aux Etats-Unis, il y avait même des cantines populaires où on distribuait de la nourriture à ceux qui n’en avaient pas. Mais quelle nourriture !
Dans certains coin du monde, la nourriture est devenue tellement abondante qu’on ne peut pas s’imaginer qu’il soit possible d’en manquer. Mais prenant l’exemple de l’Europe, les survivants de la guerre de 1940-1945 en diront assez sur la famine. Aucun peuple au monde n’en est épargné. Pourtant, on ne peut pas prétendre aujourd’hui qu’il soit impossible de nourrir la planète entière. Mais la cupidité, l’égoïsme ont transformé le monde en un vaste marché dans lequel la loi qui prime c’est celle du gain immédiat.
Si les gens se mettaient aujourd’hui à partager ce qu’ils avaient, le monde entier n’en serait que gagnant. Et il n’est pas ici question que les uns travaillent pour d’autres qui ne font rien. On peut dans une telle société édicter des règles qui feront que tout le monde puisse bénéficier du minimum vital. Mais pour le surplus, il faudrait un échange forcément. Tout le monde ou presque travaillera et échangera le produit de son travail avec ceux des autres. Dans un tel monde, auquel je me permet de croire, le pouvoir de l’argent sera relativisé. Tout le monde aura enfin droit à la vie et il existera finalement une vraie communauté humaine dans laquelle chacun trouvera forcément une place. La société de consommation pourra venir à sa fin, puisqu’on ne devra plus produire que ce qui est utile. On n’aura par exemple plus à produire des voitures aux vitesses auxquelles on ne conduira jamais.
Avant de rire de ces propos, il faudrait jeter un regard objectif sur le monde du logiciel libre. Un monde qui ne survit que du partage. Un monde dans lequel chacun exerce librement son droit à partager un bien qu’il a reçu et à s’assurer de sa conformité en ayant accès aux codes sources et à ses spécifications. Il est vrai qu’avec le logiciel libre, il est difficile de faire autant de profits qu’avec les logiciels non libres quand ils ont réussi à se vendre. mais cela est ainsi parce que les profits obtenus dans la vente des logiciels non-libres sont le résultat du système économique basé sur la rareté. Celui-là même que le communautarisme essaie de remplacer pour le bien de tous.
En 3 ans, dans le logiciel libre, j’ai côtoyé plus de logiciels que je n’en avait côtoyé en près de 10 ans avec les logiciels non-libres. Certains m’auraient coûté des fortunes. Ça me donne une sorte de devoir de rendre à la communauté ce que j’ai reçu d’elle. Je dois participer d’une façon ou d’une autre son expansion et à sa persistance. Et je reste convaincu que cette philosophie du partage, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité peut s’étendre au-delà du logiciel.
Quant au fichier que je téléchargeais, vu que ma connexion à Internet était temporaire, je l’ai offert pendant quelques heures aux autres par BitTorrent.

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